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Ernest CHRICTOT-FORTIER

Ernest FORTIER (1822-1893), maire et bienfaiteur de Villiers-sur-Loir, fit bâtir à ses frais l’actuelle mairie, léguant un héritage exceptionnel à la commune.

Ernest FORTIER, de son vrai nom Ernest CHRICTOT, est un enfant naturel, né hors mariage le 15 décembre 1822. Cela constitue une situation banale en cette époque du XIX° siècle, qui n’était pas si guindé ni prude que l’on veut bien nous le dire. Ce qui est plus original c’est que sa mère Marie Angélique CHRICTOT (ou « CHRIQUETOT » selon l’acte de mariage passé à Evreux) se marie quand son fils atteint l‘âge de 8 ans, avec son propre beau-frère, Jean Antoine FORTIER… veuf de sa sœur Madeleine. FORTIER était-il le père naturel d’Ernest CHRICTOT ? Rien ne le prouve…mais rien n’interdit de l’imaginer ! Cette histoire un peu embrouillée et énigmatique pour expliquer le destin tout aussi compliqué de ce personnage curieux qu’est Ernest FORTIER, ou plus précisément CHRICTOT, dit FORTIER.

En tout cas, le voilà qui quitte Evreux et Paris pour le Vendômois en achetant en 1854, le « Clos Hennequin », actuelles écoles de Villiers et jolie closerie de l’époque. Il est riche grâce à la générosité de son beau-père FORTIER, dont il adopte désormais le nom, sans en avoir légalement le droit[1]. En effet en 1845, Ernest reçoit de son beau-père, mari de sa mère, la coquette somme de 100 000 francs ! C’est grâce à cet argent qu’il peut se montrer généreux avec sa nouvelle commune de résidence et en devenir le maire durant 17 ans quasi sans interruption ! C’était bien le moins que l’on puisse faire pour le remercier d’avoir fait construire la nouvelle mairie à l’époque (qui est toujours la mairie qui trône aujourd’hui sur la place qui porte son nom).

Sa construction est due uniquement à la générosité d’Ernest FORTIER, ce qui est en France un cas rarissime, voire totalement unique ! Les contribuables de l’époque n’ont donc pas eu à participer au budget de 24 500 francs de cette opération.

Il est du reste le premier « marié » de la nouvelle mairie ; en effet, il épouse le 20 mai 1862 la belle-fille du papetier de Courtiras, Rose CONNETTE : il a 39 ans et est veuf ; elle a 37 ans, ne s’est jamais mariée et vit à Turin !

Il commence sa carrière politique en étant simple conseiller municipal en 1858, puis maire en 1865, 3 ans après l’inauguration. Il survit à la chute de Napoléon III ; en effet, si en 1875 c’est un certain MALLANGEAU qui est maire de Villiers, il est élu en 1876 à la tête de la Municipalité et conserve son mandat jusqu’en 1882, au moment où les clivages politiques deviennent féroces. Mal réélu cette année-là, par 6 voix seulement, il refuse le poste de maire et ouvre une crise de succession qui dure toute l’année, laissant Villiers sans maire officiel. On devine que derrière cette crise racontée en détails par Henri MESANGE dans son livre, se cachent de furieuses divergences et oppositions politiques ou des conflits de personnes à même de décourager un homme aussi généreux que Fortier. 

Il est néanmoins encore conseiller municipal de Villiers entre 1882 et 1888, mais en même temps devient le conseiller général de Selommes, poste auquel il est élu en 1880. Il finit par quitter la région vers 1890, ruiné, pour aller terminer ses jours à Montpellier en 1893 en qualité d’entreposeur des tabacs.

Il nous aura laissé un bel édifice, d’une forme architecturale bien classique avant d’être orné ou défiguré (à vous de choisir !) en 1905 par l’adjonction d’un campanile imposant et quelque peu écrasant avec son énorme cadran. C’était le temps des querelles de cloches entre maire et curé… mais cela est une autre histoire.

Article dans le bulletin municipal n°102 de 2011 de Gérard ERMISSE et Michel RENVOIZE


[1] Au point que certains citoyens s’inquiètent de la légalité des actes qu’il signe en tant que Maire du nom de « Fortier », alors qu’il devrait signer Chrictot » ; est-ce une façon de revendiquer sa filiation naturelle avec le mari de sa mère ? Celui-ci ne l’a jamais légalement adopté et Ernest sera toute sa vie l également « enfant de père inconnu » : c’est un peu dur à porter à cette époque de conventions sociales affirmées dans la bourgeoisie de province


Retrouvez plusieurs illustrations liées :

. Photographie de la mairie construite en 1862 avant l’ajout du campanile au début du XX° siècle

. Plan de la place de Villiers avant la construction de la nouvelle mairie

. Plan de la nouvelle mairie en 1862

. Affiche de la fête organisée pour l’inauguration de la nouvelle mairie

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